Historique d'un changement de paradigme
La psychologie fondée sur les idées de Freud (1856-1939) s'est constituée autour des notions d'instances psychiques et de personnalité.Elle a donné naissance au courant psychodynamique.
50 ans plus tard,Skinner (1904-1990) après Watson, considère cette approche trop subjective et peu vérifiable. Le comportement devient alors la cible étudiée.On s'intéresse à ce que la personne "fait" et non plus ce qu'elle "est" dans le sens d'attributs de personnalité; par exemple: Celle-ci ou celle-là n'est pas "violent" ou "agressif" ou "impulsif" mais dans tel contexte, il a ...mordu, pincé ou frappé..., fortement ou non, souvent ou pas...son voisin. Evidemment la stratégie d'intervention proposée va elle aussi basculer
Un comportement se définit comme une action observable et mesurable sur l'environnement.
Le comportement est un dialogue continuel avec l'environnement.Va se constituer au cours du developpement de l'individu un répertoire de conduites apprises de plus en plus important.
Les apprentissages qui sont sélectionnés dans ce répertoire unique pour un sujet donné le sont du fait de leurs conséquences sur l'environnement.
Ce principe de sélection par la conséquence inverse l'optique de la psychologie.
Il s'agit d'une révolution Copernicienne puisque désormais la psychologie de l'apprentissage va s'intéresser de plus en plus aux effets et aux conséquences qui suivent le comportement pour comprendre ce qui le détermine ou en tout cas influence sa probalité d'apparition, son maintien ou sa disparition.Il est donné le nom de théorie de l'apprentissage à l'ensemble des principes que vont étudier les béhavioristes de façon exhaustive et qui ont été repris, traduits ou introduits en France par B Rogé et moi même, en Belgique par M.Ridelle, G Magerotte et Théo Peeters.
La cause d'un comportement est le plus souvent à chercher après: dans la transformation que le comportement opère sur le milieu.
Par exemple: la cause de l'augmentation d'un comportement auto-mutilant peut être souvent expliquée du fait qu'il s'agit d'un moyen puissant de faire venir immédiatement quelqu'un, d'obtenir de l'attention ou d'être redirigé même au prix d'une remontrance.Le comportement est donc un maillon d'une suite de contingences en série ACC: Antécédent-Comportement-Conséquence
Les techniques de modification du comportenemt vont alors se développer autour de l'analyse fonctionnelle:
Qu'est ce que le comportement a produit dans l'environnement? Qu'as-t-il changé?Si un gain est enregistré: obtention directe ou suppresion d'éléments négatifs, le comportement aura une probabilité d'apparition croissante : il se manifestera de plus en plus souvent. L'inverse est également vérifié.
Ce système vient se greffer sur les découvertes anatomo-biologiques concommitantes des fonctions de l'hypotalamus avec des régions latérales impliquées dans la recherche active et une partie médiane impliquée dans la réponse aversive.
Une psychologie de la motivation et de l'action va se constituer sur l'ébauche de cette discipline nouvelle les"Neurosciences Affectives" (cf Jaak Panksepp) tout comme s'étaient d'abord constituées les "Neurosciences Cognitives" autour de le perception et de l'action.
De la philosophie béhavioriste centrée autour de l'étude des comportements deux disciplines ont vu le jour: L'analyse appliquée du comportement et l'analyse expérimentale du comportement.
Autour de l'autisme, les années 70
L'analyse appliquée du comportement ou ABA (Applied Behavior Analysis) s'est trouvée assez vite tranférée au domaine de l'éducation des personnes atteintes d'autisme ou de retard mental entre autres applications.
A cette époque,ce mouvement s'est surtout développé sur la côte Ouest des USA, en Californie autour de Ivar Lovaas ( cf: The "Me" Book) appliqué au début de façon assez rigide et peu naturelle ("discrete trial" et application de méthodes aversives), il s'est peu imposé en Europe du sud.
En Caroline du Nord, (Côte Est) à la même époque Schoppler développe le programme TEACCH inspiré de la philosophie behavioriste mais assez différent de l'ABA en particulier par l'adaptation de l'environnement à la personne et l'individualisation plus marquée.
En plus de ces nouveaux courants apparaissent des méthodes très controversées ( cf:communication facilité ou holding therapy, régimes de toutes sortes,etc) et disparaissant le plus souvent aussi vite qu'elles apparaissaient par manque de validation.
Théorie de l'apprentissage et années 90
Le courant psychodynamique a évolué autour des idées de Stanley Greenspan
L'ABA de Lovaas a vu un regain depuis la parution des livres de Catherine Maurice et surtout de son témoignage dans 'Let me hear your voice".
Le behaviorismea évolué vers des méthodes d'éducation dans le milieu plus souples ciblant mieux le développement de la communication, du jeu et de l'expression des émotions.La manière de concevoir l'éducation à Kohai (Toronto Canada) ou à l'UCSB en Californie autour des Koegel, tout en se référant au béhaviorisme s'éloigne du Lovaas des années 70.
Une excellente synthèse de ces différents courants figure dans le JASH ( journal de l'association TASH) Vol 24 n°3 Fall 1999
Docteur Catherine Milcent,Praticien Hospitalier, Psychiatre
Vice-Présidente de Autisme france en charge des problèmes médicaux et scientifiques